Ecoute la goutte qui goutte goutte à goutte …
19 01 2010
Une goutte d’eau lentement affleurait du minuscule petit trou. Elle gonflait très doucement comme dilatée par une force invisible qui la tirait très insensiblement vers le bas. Elle prenait alors une transparence, captait suivant l’heure du jour, une lumière pâle légèrement bleutée ou bien plus sombre et teintée de pourpre. Elle restait là en suspens quelques secondes, pleine et radieuse, comme gonflée d’orgueil avant que de lâcher prise et tomber droite et directement en dessous.
Une autre fine perle d’eau sourdait alors et prenait sa place, grossissant délicatement, comme ci celle-ci devait être plus grosse que la précédente, plus belle aussi ! Et le miracle se reproduisait à chaque fois.
La lumière s’accrochait dans cette toute petite et insignifiante boule de liquide en suspension qui grossissait très posément avant de se laisser tomber. Chaque goutte semblait différente et pourtant finissait toujours par être identique à celle passée.
Depuis combien de temps tombaient elles ainsi, régulièrement ? Impossible à savoir.
Tout était silence ici et seul le choc du contact de la goutte en contre bas faisait bruit. Comme un tic ou un tac.
Ce floc caractéristique des gouttes de pluie qui s’écrasent avec un bruit sourd et sec. Curieux pour une goutte d’eau ! Une oreille très exercée aurait perçu un éclatement à l’impact en myriades de gouttelettes s’éparpillant alentour et toujours au même endroit.
De fait, en y regardant de plus près la goutte éclatée se reconstituait et glissait savamment encore plus bas. Les précédentes avaient préparé le terrain. Elles s’étaient frayé un chemin. Les autres, par rémanence de la trace, n’avaient plus qu’à suivre ce lien humide.
De nombreuses gouttes, très nombreuses gouttes, étaient tombées depuis bien longtemps et plusieurs chemins avaient été ainsi tracés. On retrouvait ainsi en suspension plusieurs perles. Certaines arrivées comme au bout d’un promontoire ou d’une courbe, d’autres comme suspendues à un fil de la taille d’un cheveu ou d’un cil, d’autres encore roulaient à l’horizontal pour finir par mourir encore plus bas dans l’inconnu. Ainsi regardées dans leur ensemble, en clignant de l’œil, ces perles qui captaient la moindre parcelle de lumière, rendaient presque irréel le spectacle. Comme si ces minuscules points d’éclats éphémères et translucides illuminaient le lieu.
A y regarder encore de plus près, cette eau qui ruisselait maintenant depuis plusieurs semaines avait humidifiée tout le sol autour de cette masse informe recouverte d’une épaisse toile de jute sombre et imbibée. Seule dépassait à son sommet, une forme ovoïde qui vue d’un côté ressemblait à un gros œuf fixe.
En se rapprochant de l’autre côté, l’on pouvait découvrir le visage d’un homme immobile, les yeux clos, comme endormi. Rien ne bougeait, seule la goutte venue de plus haut créait le mouvement. En levant la tête, l’on pouvait apercevoir un étrange cylindre recouvert lui aussi d’une épaisse toile, suspendu par un long fil attaché au fait du toit. Le tout captait par un astucieux montage, installé sous le toit imperméable, la moindre goutte de pluie ou de rosée qui filait ainsi le long du fil de suspension et venait rejoindre toutes celles qui étaient passées par là auparavant. Cela venait grossir le niveau de liquide contenu dans ce récipient. Masse liquide qui s’écoulait alors par effet de pesanteur par le tout petit orifice aménagé au centre du fond.
Le spectacle était saisissant. Comme un métronome, l’eau qui chutait depuis maintenant plus de neuf semaines sans discontinuer en goutte à goutte et toujours sur le sommet du crâne, là où la fontanelle se soude en trois parties, avait d’abord fait hurler de douleur cet humain, puis avait fini par l’anesthésier complètement avant qu’il ne meure dans d’horribles souffrances mentales. Il n’était pas mort de soif, simplement de folie et le tic et le tac auraient pu lui donner l’heure de sa mort, s’il en avait été conscient, il lui aurait suffit de compter les gouttes qui tombaient au rythme d’une toutes les trois secondes.
Texte issu de « Seules les pensées vagues abondent »




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